DEUXIÈME PARTIE
du col de Roncevaux à Compostelle
Dimanche 10 juillet 1960, seizième jour. De Saint-Jean-Pied-de-Port à Puente la Reina.
Nouveau passage de la frontière et montée du Col de l'Ibañeta
par le Valcarlos. C'est assez difficile (1057 m), panorama grandiose.
Le Guide dit : « vers le Nord, il y a une vallée que
l'on appelle la vallée de Charles (Valcarlos) où Charles fut
logé avec ses armées quand furent tués les guerriers de Roncevaux.
C'est par là aussi que passent de nombreux pèlerins de
Saint Jacques qui ne veulent pas faire l'ascension de la montagne. »
Inscription pour les pèlerins en trois langues : basque, français et espagnol :
EMEN.ERRATEN.DA.SALVE.BATORREAGAKO.ANDREDEN.A.MARIARI,
Ici on chante un salve regina à N.D. de Roncevaux.
Le miracle de la Vierge de Roncevaux s'offrit pour la première fois aux
yeux de quelques bergers qui se trouvaient dans la Vallée des Ronces.
Un magnifique cerf leur apparut avec, entre ses bois, une Croix qui flambait comme l'or.
Ils le suivirent jusqu'à une fontaine où ils le virent plier le
genou et regarder vers le ciel. Lueurs, cantiques sacrés.
Ce prodige se renouvela plusieurs jours durant.
L'évêque de Pampelune n'y crut pas, mais un ange
vint lui révéler la nuit, en songe, les desseins de la Sainte Vierge.
Le roi de Navarre, en lutte avec les infidèles d'Almanzor ne put venir,
mais la reine doña Oneca, suivie de l'évêque et de
nobles chevaliers montèrent de Pampelune à Roncevaux.
C'était un samedi, la petite troupe campa, la nuit venue, dans la prairie
signalée par les bergers. Et le miracle se produisit une fois de plus !
On fit creuser la terre (c'est l'habitude dans ce genre de situation) et la
pioche rencontra une niche et à l'intérieur, l'image de la Vierge.
Le cantique qui descendait du ciel était le salve regina.
Ainsi, répété au monastère de Roncevaux,
les pèlerins de Compostelle apprenaient durant leur séjour le plus beau des cantiques.
Descente. Le col se trouve donc en Espagne et le monastère n'est pas au
sommet, mais à mi pente, en redescendant. Il faut remarquer que le
Guide du Pèlerin donne pour cette traversée des cols des
étapes convenables de vingt kilomètres en moyenne.
En Castille, il en indique de soixante et plus. C'est une distance qu'on ne
peut absolument pas faire en une journée de marche.
Autre étrangeté, l'étape n'est pas à Roncevaux
mais à Viscarret, un village plus bas !
« Sur le territoire des Basques, il y a une très haute montagne
appelée port de Cise qui passe pour la porte de l'Espagne car
c'est par là que se font les transports d'un pays à l'autre.
Elle a huit milles à la montée et huit milles à la descente ;
elle est si haute qu'elle semble arriver jusqu'au ciel et que ceux
qui en font l'ascension pensent qu'ils vont toucher de leur main la voûte céleste.
De son faîte on peut voir la mer de Bretagne, la mer Occidentale et les
frontières des trois contrées : la Castille, l'Aragon et la France.
En haut de cette montagne est un endroit appelé Crux Caroli parce que Charlemagne
allant en Espagne y traça un chemin avec la hache et la
pioche et ayant élevé la Croix du Seigneur sur le point le plus haut,
il fléchit le genou, la face tournée vers la Galice
il fit une prière à Saint Jacques.
Aussi, les pèlerins se prosternant à cet endroit, regardent vers
Compostelle, font la prière accoutumée et plantent chacun leur croix.
C'est le premier endroit consacré à prier Saint Jacques. »
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Consulter la traduction
intégrale du guide
Au revoir France, bonjour Espagne !
Monastère de RONCEVAUX : C'est un vaste ensemble
de bâtiments, adaptés aux hivers rigoureux dont les toits,
en forte pente, sont malheureusement recouverts de tôle ondulée.
L'église et sa tour carrée dominent le reste avec une
allure de forteresse. S'y trouvent les statues de la Vierge "de los Dolores"
recouverte d'argent et une Mater Dolorosa qui pleure des larmes de diamant !
La visite se fait par groupes. Nous pénétrons dans le cloître,
solidement construit pour aller dans la salle capitulaire :
il s'agit d'une pièce d'une hauteur prodigieuse et de très grande
résonance. L'écho se répète quatre ou
cinq fois ! Le bruit est donc infernal en ouvrant la porte !
Au centre de la salle capitulaire se trouve le tombeau du roi Sanche, vainqueur
des Sarrasins à la bataille de Las Navas de Tolosa.
Il apporta une partie des fameuses chaînes conquises à cette
bataille et qui depuis figurent sur le blason de Navarre.
Le Trésor du monastère est remarquable (hommes seulement). On
y voit des masses d'arme qui servirent au roi don Sanche ! Toutes sortes de
reliques dont des épines de la vraie couronne ! Une vieille horloge
du 16ème siècle.
Une émeraude grosse comme une boîte de lames de rasoir.
Des vêtements sacrés brodés d'or et d'argent.
Un Titien et un Divino Morales.
L'ancien hôpital se trouvait au nord, il n'en reste presque rien.
Chapelle Saint Jacques et Chapelle du Saint Esprit : Elles sont fermées,
je me bornerai à en faire des dessins.
Plus bas, sur la route Croix des Pèlerins en granite.
BURGUETE : Portail de l'église curieux, village très propre.
VISCARET, belles maisons seigneuriales, anciens hospices.
ERRO sur une colline, à gauche avec église fortifiée, tour carrée et mirador.
COL D'ERRO : 800 m.
Paysages, lacets, temps magnifique.
Urdaniz sur la gauche et par la route d'Ilazar avec petite église simple.
PAMPELUNE : En espagnol : Pamplona, en basque : Iruña.
Belle arrivée par l'Avenue du Général Franco. La ville est en
fête. On attribue sa fondation à Pompée d'où
son nom romain, Pompaelo.
Elle fut prise par les Maures qui la gardèrent douze ans ; les Basques
les expulsèrent avec l'aide de Charlemagne, qui détruisit
les murailles et commit quelques excès. Les Basques se vengèrent à Roncevaux.
À deux époques, je suis venu dans cette ville. Pendant les fêtes
de San Fermin, les gens chantent, boivent, dorment à la
belle étoile et font beaucoup de bruit. Un mois plus tard, tout est fini
et il n'existe pas de gens plus sérieux dans toute l'Espagne !
C'est une ville propre avec de beaux immeubles neufs, de grandes avenues
et sur les places de grandes fontaines qui, à l'inverse de celles de
Paris, ces temps-ci, jettent de l'eau.
Dessin de la fontaine de la Plazuela de San José.
Église San Saturnino : Sa pierre est grise comme à Paris. Seul le portail
présente de l'intérêt avec son « jugement dernier ».
À l'intérieur se trouve une statue de la Vierge du Chemin, la
virgen del Camino. Jadis, me dit-on, cette église était
fortifiée. En effet la forme de sa façade le montre un peu.
Église San Lorenzo : Ici se trouve la statue de San Fermin, patron de la Navarre.
Place del Castillo et Paseo de Sarasate : Ce sont les lieux favoris de promenade des
habitants de Pampelune entre sept et dix heures du soir.
Il est inutile de chercher à se loger ici, je vais donc plus loin à
Puente la Reina. Une fois installé,
je vais voir la chapelle d'Eunate sur la branche du Camino qui passait par le
Somport en provenance de Toulouse, Arles et d'Orient.
J'y ai trouvé un groupe, très sympathique de prêtres et de
laïques qui faisaient une merienda (goûter)
copieuse avec viande, fromage, salade, vin,etc. et qui en m'invitant me posent
toutes sortes de questions. Ils me content leurs voyages en Europe
et c'est avec un grand plaisir que nous évoquons les villes et les pays
que nous connaissons en commun.
De petit matin, je vais à l'encierro des toros de Pampelune.
Cette fameuse manifestation commence à 7 heures et
dure quelques minutes seulement. Douze novillos (ce sont de jeunes taureaux)
sont lâchés à travers les rues du vieux Pampelune.
Le moment le plus divertissant est l'entrée dans les arènes, le
ruedo exactement. Bousculades, encornements et scènes
de panique font la joie du public très bruyant qui s'est entassé sur les gradins.
À 7 heures 30, les gens retournent au lit. Moi, je pars à la
découverte de la cathédrale. En chemin, j'achète
un foulard rouge car tout le monde porte ça ici !
La Cathédrale est dédiée au Sagrario (tabernacle) ;
sa façade 18ème fait très
« Théâtre Français » (salle Richelieu).
Elle est fort laide à cause de la couleur
jaunâtre de la pierre. Les tours ont une cinquantaine de mètres.
L'intérieur est en grande partie 15ème, 16ème siècles.
- Crypte avec colonne centrale.
- Nef : tombeau de Charles III et de Léonor de Castille : C'est l'un
des plus beaux que j'ai pu voir en albâtre. Les deux statues couchées
sont ciselées avec une finesse incroyable et une grâce saisissante.
- Chapelles latérales : Suite de retables et de tableaux.
Je n'aime pas voir tant de choses à la fois !
- Cloître : On y trouve la Chapelle Santa Cruz (Sainte Croix) dont la grille a
été forgée avec des chaînes de la bataille des Navas de Tolosa.
J'ai vu également, l'ancien réfectoire, transformé en chapelle et
l'ancienne cuisine, magnifique avec son foyer central. Il y a aussi divers tombeaux
et ceux qui ont été ensevelis là ont parfois des noms qui
chantent comme l'évêque
Barbazan, Lionel de Navarre ou le comte de Gages.
Sur la place de la cathédrale, une jolie fontaine avec une lanterne
cubique et tout près, on peut aller voir les fortifications
et jouir du paysage.
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De PAMPELUNE à ESTELLA par la route N.121
L'ancien camino passait plus à l'est que la route moderne, c'est-à-dire
par les villages suivants : Cizur Menor, Galar, Legarda,
Muruzábal. Ces villages donnent des frissons ; ils semblent faire bloc
avec la terre. Pourquoi cette impression de mort et
d'éternité à la fois ?
Le modernisme changera l'aspect de ces villages, mais leurs habitants peuvent-ils
devenir différents ?
La route franchit un petit col dont le nom invite lui aussi à la méditation :
Alto del Perdon !
La jonction des deux chemins venant de France se faisait un peu avant le
village de Puente la Reina. Je suis repassé par ici
à mon retour pour suivre cette deuxième branche et franchir les Pyrénées au col du Somport.
L'importance de PUENTE LA REINA provient de son pont sur la rivière Arga. Le roi Alphonse le Batailleur accorda un
privilège à tous ceux qui viendraient y habiter dans un délai d'un an. On dit que toutes les maisons furent donc
construites la même année et que le plan de la ville est un rectangle tout simple.
À l'entrée de Puente la Reina se trouve l'église de :
Santa Maria de la Vega y del Crucifijo qui fut des Templiers, puis des Hospitaliers.
À son origine, elle ne comporta qu'une seule nef, voûte en canon et abside semi-circulaire.
À cette nef, fut ajoutée une deuxième plus courte, avec abside semi-circulaire à l'intérieur, mais
polygonale à l'extérieur. On relia les deux nefs avec des colonnes.
Le Crucifix (Crucifijo) : C'est pour lui que fut construit une moitié de cette église. Les bras de la Croix sont égaux
et se coupent en leur milieu. La forme est celle d'un « Y ».
Le Christ a les bras distendus. Ses cheveux sont éparpillés sur son visage digne et paisible.
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photo prise en 2009
Le portail est splendide, de style roman transition. Les colonnes et les chapiteaux
sont travaillés sur toute leur superficie avec des décors
surtout géométriques.
Sous sa forme actuelle, le monastère remonte au
15ème siècle. Les pèlerins y recevaient « du pain,
du vin et du feu pour un jour à l'aller, et pour deux jours au retour ».
C'est actuellement un Colegio Apostolico (?) et je n'y ai remarqué
rien de particulièrement intéressant si ce n'est une
imprimerie en pleine action.
Église de Santiago : Le portail qui s'ouvre sur la Calle Mayor
(Grand-rue) est roman.
Il a des arcs qui se terminent en pointes. On y voit le Christ entre l'Alpha et
l'Oméga, commencement et fin. Les chapiteaux sont très
détériorés. Sur les archivoltes, diverses scènes de
la vie de Jésus : Fuite en Egypte, massacre des Innocents,
visitation, mais aussi des scènes fantastiques ou des symboles.
Pont des pèlerins sur l'Arga : C'est l'un des rares ponts de
l'époque romane qui
soit conservé. Les guides en général ne le signalent même
pas ! Il date du 11ème siècle.
À la sortie de Puente la Reina, la route passe entre deux énormes
bâtiments de l'ancien Hôpital du Saint-Esprit.
En route, paysages : au premier plan, un village et son église neuve; plus
loin, du rouge et du vert; au fond, la crête des
montagnes grisâtres avec quelques nuages blancs. Comme s'il y avait de la neige.
CIRAUQUI : Avant d'entrer, sur la gauche, se trouve une Croix de pierre
et sur la droite, au milieu des vignes, un sanctuaire
en ruine qui se distingue à peine sur le versant de la colline.
Dans une niche, un personnage mutilé.
Le village, lui est agglutiné sur un monticule. Il paraît que ses
habitants sont restés farouchement « carlistes » et
qu'on se battit vivement ici pendant les guerres civiles du 19e siècle.
Église San Román (portail). Remparts et porte semblable à celle
de Monlhéry.
À la sortie, sur la gauche le vieux camino empierré avec des
galets et les ruines d'un pont. À cette heure, le soleil est accablant.
À la recherche d'une ombre, je vais déjeuner au bord du barrage d'Alloz.
Faute d'ombre, je dois donc me faire un abri avec ma bâche.
ESTELLA, sur la rive gauche de l'Ega.
Ce fut une capitale des rois de Navarre et les Carlistes y proclamèrent
roi le prétendant don Carlos en 1833.
Très vieille ville, très sale, de 8000 habitants. Les vieilles
maisons seigneuriales abondent, ainsi que les couvents et les prêtres.
Il y a d'énormes monastères luxueux et d'une laideur imbattable.
Je me sens une âme voltairienne !
Église San Miguel, en mauvais état. Son vaste porche roman est vraiment splendide.
On y voit des joueurs d'instruments de musique ; la mise en croix de saint
Pierre, tête en bas ; saint Martin qui coupe son manteau ;
les Saintes Femmes qui trouvent le tombeau vide le matin de Pâques.
Église San Pedro de la Rúa :
On doit y monter par un grand escalier. Le clocher semble encore plus haut quand
on gravit les marches. Il faut se placer au centre de la nef car la
vision de la coupole et sa lanterne y est sublime. L'abside n'est pas mal.
Palais des Ducs de Grenade : C'est un bâtiment des 12ème
et 13ème siècles, qui se trouve en face de San Pedro de la Rúa.
Si on fait des comptes, l'architecture du moyen âge nous est connue surtout
par des églises, par des châteaux un peu et
par des bâtiments civils très peu.
Au rez-de-chaussée, une galerie aux larges arcades. Au premier étage,
quatre petites fenêtres groupées deux à deux.
La toiture dépasse largement et à l'angle de la rue une petite tour
qui semble servir de pivot, car une autre façade,
semblable à la première, commence là.
Église de Santa Maria del Castillo en ruines.
Elle se trouve près de la déviation de la route N.111.
Seule l'abside romane est visible de l'extérieur.
Église du Saint-Sépulcre (Santo Sepulcro) :
Le portail est prodigieux, le décrire me semble impossible.
J'ai fait une photo qu'un petit ruisseau de Castille me détruira.
On peut rester longtemps devant la représentation de la Cène, de
la Crucifixion. Style gothique du 13ème siècle.
Couvent de Santo Domingo : Il se trouve (en ruines) à côté de
l'église précédente. La porte est élégante
avec ses chapiteaux à feuillages et ses colonnes.
Au Nord d'Estella, vers Saint-Sébastien. J'ai fait le Col de l'Urbasa.
Il s'agit de gravir une véritable muraille. Le vent souffle et pousse à
toute vitesse d'énormes
nuages entre les sommets. Le spectacle est fantastique et le froid est intense :
J'ai enfilé deux pantalons dont un de velours, deux chandails
et mon anorak ; pourtant je claque vraiment des dents ! Quatre-vingt
kilomètres prodigieux !
Le Col de Lizarraga qui n'est pas très loin et que j'ai passé au
retour, pour franchir cette même chaîne de montagnes,
n'est pas aussi impressionnant.
Je viens coucher à la Fonda Tatan et avale une Aspirine !
L'A.J. est occupée par des filles du S.E.U. (Sindicato Español
Universitario, on prononce « sé-ou »).
Il correspond, d'une certaine façon, à l'U.N.E.F.
Demain matin, 3ème jour en Espagne, après le petit déjeuner, je prendrais la direction de Logroño sur l'Èbre
(Ebro en Espagnol).
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Mardi 12 juillet 1960, dix-huitième jour depuis Paris et
troisième en Espagne. Estella - Logroño
Le chemin des pèlerins traversait les villages suivants : Irache,
Los Arcos, Sansol, Torres del Rio, Viana.
IRACHE est l'un des plus célèbre monastère de Navarre
Son aspect est d'une grande sévérité.
Blason impérial, armes d'Irache et de Valladolid, croix des ordres militaires
de Calatrava et de Santiago. Fenêtres grillagées.
Un hermano me fait visiter. Dès l'entrée, on peut voir un
patio très fleuri qui possède, en son centre,
une petite fontaine en briques. Nous entrons ensuite dans l'ancien hospice des
pèlerins : Escalier monumental et restes d'un mur très ancien.
L'arc de l'entrée du cloître seul a été conservé
sous une forme romane ; le reste a été
remanié au 16ème siècle. Nombreux médaillons ;
thèmes mythologiques et religieux. Vie de Jésus,
vie de Saint Benoît, fleurs de lys pour marquer les liens avec Cluny.
Très belle porte en style « plateresque » comportant Dieu avec la Terre.
À droite les armes d'Irache, à gauche celles de Valladolid.
Saint Pierre avec une épée. Saint Benoît encore puis Saint Bernard.
Nous entrons dans l'église. Il y a un grand mélange de styles.
Par exemple, l'abside et la première galerie (triforium) sont romanes.
Le jour pénètre par des fentes couvertes de fines plaques d'albâtre.
La forme de ces fenêtres provoque une
clarté très appréciable à côté du diamètre
réduit de l'ouverture.
L'une de ses fenêtres est « coupée » par un prisme
et semble fournir plus de lumière !
Sur les chapiteaux historiés, on reconnaît : l'adoration des
Rois Mages, la lutte de Roland et Feragut. Les thèmes
végétaux et les dessins géométriques mozarabes
apparaissent à plusieurs endroits.
À la croisée, la coupole est appuyée sur quatre
énormes coquilles de Saint Jacques, en espagnol : conchas.
Les Evangélistes à chaque angle, montrent des têtes
d'animaux : aigle, taureau etc. La sacristie est renaissance.
Fonts baptismaux : c'est exceptionnel dans un couvent : certains rois de
Navarre ont voulu faire baptiser leurs fils à Irache !
La tour a été restaurée au 16ème siècle.
Portail gauche roman. Il y a des gros moines au lit ou buvant. Ces sculptures auraient
été façonnées par des ouvriers musulmans !
Nous faisons le tour complet du monastère à l'extérieur pour
aller voir l'abside qui est entourée d'une magnifique corniche.
Elle est un peu dégradée à cause du vent et de la pluie ou
parce que cette pierre est « malade ».
LOS ARCOS :
On entre dans la ville par une belle porte armoriée.
Église de l'Asunción : L'ensemble est très
élégant, dans le style « plateresque » en général,
sauf le portail ouest qui est gothique fin 15ème siècle.
Le style plateresco est celui du début de la Renaissance espagnole.
Les surfaces sont couvertes d'une riche ornementation qui rappelle le travail de
l'orfèvre, platero en espagnol. À l'intérieur,
il y a une belle collection de peintures et un retable magnifique. L'orgue,
très surchargé de décorations, se trouve être
bien à la lumière.
SANSOL et TORRES DEL RÍO : De la route, on voit ces deux villages,
l'un à droite, l'autre à gauche.
Le Guide du Pèlerin dit qu'à « Torres del Río
coule une eau très malsaine ».
Église du Saint-Sépulcre :
En attendant la clé, je prends un dessin.
Cette église est de plan octogonal et a une certaine ressemblance avec
celle d'Eunate, près de Puente la Reina.
Voilà la clé ! Muchísimas gracias !
La voûte est très orientale et l'effet de la lumière qui
pénètre par le lanternon qui surmonte la
coupole est splendide.
Ma tentative de dessin ne donne pas grand chose. Il est plus facile de faire un petit plan.
Je prends, en sortant,un dessin du village de Sansol qui se trouve de l'autre
côté de la vallée.
VIANA : Encore une église sombre ! Elle porte le nom de
« Sainte Marie ».
Ici repose César Borgia. Le fils du Pape Alexandre 1er, César le cruel,
le modèle du Prince de Machiavel et le
frère de Lucrèce !
Retable énorme, immense, envahissant.
Triforiums différents à droite d'à gauche.
Il y a, je ne sais plus où, un Christ en ivoire, prodigieux de réalisme.
La position du corps, le sang et la sueur.
À Viana, on peut encore voir des restes de fortifications et quelques
vieilles maisons seigneuriales.
On quitte la Navarre et on entre en Castille :
LOGROÑO , Ville très provinciale, tranquille et peu touristique.
Je vais à l'hôtel Comercio,
puis dîner dans une tasca. Rien de bien particulier à visiter
ici, si ce n'est le vin de Rioja.
J'ai bu à Léon un Rioja de 45 avec un plat de tripes (callos) !
Passons, je préfère donner la suite de
mon voyage plutôt que de souffrir en évoquant des plaisirs raffinés.
Église de Santa María del Palacio : Un clocher style roman, une tour
type Chartres, un portail 17ème orné d'une Vierge placée entre les armes impériales.
Impossible d'entrer.
Remontée de la rive droite de l'Èbre. La terre est rouge et il
y a des vignobles partout. Bientôt, sur la gauche, un lac
artificiel et un peu plus loin, le village de Navarrete.
Du Guesclin fut battu près d'ici par Pierre le Cruel et le fameux Prince Noir.
NAVARRETTE : Au milieu du village se dresse l'imposante façade
classique de l'église Santa María.
L'intérieur est très sombre. Le retable du maître-autel
monte jusqu'à la voûte.
À gauche, un Christ magnifique. Il est étendu dans une chasuble
de bois précieux rouge. Dans une vitrine voisine, on peut voir
la Sainte Vierge en manteau noir. Plus loin, le Christ attaché ;
puis portant la Croix.
Les confessionnaux ont la forme de chaises à porteurs et le coro,
qui est une construction au milieu même de la nef, a belle allure.
Je reprends la route de Burgos.
À la sortie de Navarrete se trouve un portail gothique avec une rosace
mudéjar que l'on distingue mal sur mon dessin. C'était autrefois
la porte de l'hôtellerie pour les pèlerins et c'est maintenant
le portail du cimetière !
NÁJERA (avec l'accent sur le premier « a »)
Cette petite ville est coincée entre une falaise rouge
impressionnante et les eaux de la rivière Najerilla.
Monastère de Santa
María la Real : Il ouvre à 16 heures et il n'est que
14 heures ; allons déjeuner ! Le vin est fort, le pain est bon,
mais il manque d'humidité.
Dessin du clocher de l'église Santa Cruz et son nid de cigognes.
Il paraît qu'elles restent ici à Nájera toute l'année !
L'intérieur n'a rien de particulier sauf cet écriteau :
Couvrir (de vêtements non transparents ni trop collants) toute la poitrine,
le dos et les bras jusqu'aux coudes. Le décolleté ne
doit pas descendre à plus de trois centimètres du cou. La jupe doit
descendre jusqu'au milieu de la jambe (petites filles, au moins
jusqu'aux genoux). La décence parfaite exige des jupes plus longues, pas
de décolleté et des manches jusqu'aux poignets.
Église Santa María la Real : Il y a un grand retable
doré et au centre
une merveille de Sainte Vierge polychrome. La sculpture semble gauche et l'enfant
Jésus est presque ridicule mais le tout (et plus
particulièrement le visage de Marie) est charmant de tendresse.
Le cloître (que je visite en douce) est gothique renaissant. La chaleur n'y pénètre pas.
Tombeaux, dont celui de Sanche III.
Sur la porte de la sacristie figure un système d'appel curieux pour
alerter les différents ecclésiastiques, une sorte de morse.
Que peut-il bien se passer dans le monde ? Ici, au moins il fait chaud !
Santo Domingo de la Calzada n'est qu'à vingt kilomètres.
Le paysage est un décor de western. La terre est rouge.
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SANTO DOMINGO de la CALZADA : Il y avait dans toute cette
région des ponts et des installations pour pèlerins qui
ont été l'œuvre de ce saint architecte.
Je cherche et je trouve une chambre pour la nuit, puis m'en vais visiter la Cathédrale.
Ce temple est en grande partie gothique mais il conserve des éléments
romans ou alors néoclassiques comme son clocher.
Trois nefs de quatre travées, transept et absidioles.
Tombeau de « Santo Domingo » Ce tombeau serait son
œuvre ! Sept ans avant sa mort, il en savait la date.
Au 15ème siècle, une grille en fer forgé et une sorte de
mausolée d'albâtre furent ajoutés. Des femmes en
prière en font le tour, toutes les cinq secondes, c'est énervant !
Il y a d'autres tombeaux intéressants mais de personnages que
je ne connais pas. Ils sont en toge ou en armure.
Retable du maître-autel immense. Je n'aime pas.
Les chapelles romanes ont des fenêtres semblables à
celles de l'église d'Irache.
Ce qu'il y a de plus curieux dans cette cathédrale, c'est un poulailler,
oui, une cage où sont gardés un coq et une poule
depuis le moyen âge.
Une famille en pèlerinage à Compostelle se trouva passer la nuit
à Santo Domingo. À l'auberge, une jeune servante
tomba amoureuse du fils et lui fit des avances, mais il n'y répondit pas.
Jalouse, la jeune femme cacha de l'argenterie dans les bagages
de celui-ci, puis l'accusa de vol. Le pèlerin fut arrêté,
jugé et pendu tandis que ses parents continuaient vers Compostelle.
Un couple de mois plus tard, les parents de retour trouvèrent leur fils
encore pendu à la potence mais toujours vivant !
Il leur raconta son aventure et les parents d'aller se plaindre au juge.
Celui-ci était à table et les fit attendre longtemps,
puis à l'écoute de leur histoire éclata de rire, disant qu'il
les croirait quand il verrait le coq et la poule qui se
trouvaient rôtis sur la table devant lui, sauter et chanter. Et ce fut ce qui se produisit !
Depuis, un coq et une poule aux blanches plumes demeurent à l'intérieur
de la cathédrale. Les pèlerins demandaient
une plume de la « gelline » en passant à Santo Domingo.
Bien sûr, je ne manque pas à cette tradition.
Longtemps aussi, les juges portèrent une corde autour du cou et payèrent,
en punition un impôt supplémentaire !
La tour, néoclassique, se trouve séparée du reste du temple.
L'abside, extérieurement, est
très « poitevine » : on y voit des têtes grimaçantes d'animaux et de femmes.
L'un des chapiteaux porte un renard tenant dans sa gueule un fromage !
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Maître Renard et son fromage (photo 2009)
Presque en face de la cathédrale, se trouve l'école qui n'est pas des
plus modernes, au contraire ! C'est une vieille maison,
avec une grosse porte de bois sculpté, un magnifique marteau heurtoir et une
petite cour genre atrium : une maison d'hidalgo castillan.
.....9h 45, douleurs dorsales !
Les gens parlent, ou plutôt se moquent du Général Franco et de
Roger Rivière qui a fait une grave chute au Tour de France.
Église San Francisco :
Retable assez joli, la porte du tabernacle est décorée de la
Sainte Cène, sculptée en haut relief dans le bois.
Tombeau de l'évêque Fresnéda.
Statue de saint François articulée et remarquable de vérité.
Cloître sobre.
Jeudi 14 juillet 1960, vingtième jour. De Santo Domingo à Burgos
- Le jour du 14 juillet
- Je reste dans mon lit douillet
- La musique qui marche au pas
- Cela ne me regarde pas.
VILORIA DE RIOJA : L'église est restaurée avec du ciment !
C'est un village sale où se trouve la maison de Santo Domingo.
BELORADO : En arrivant, on trouve sur la droite, un ermitage qui conserve
de bons tableaux et une grille massive.
L'église Santa María renferme dans une chapelle sur la droite une
peinture sur bois de l'Annonciation.
Retable avec le Christ entre les deux larrons. La porte du Tabernacle, très
décorative, est en marqueterie tel un échiquier.
VILLAFRANCA : Église massive avec son clocher classique.
Saint Jacques en pèlerin. Le reste sans saveur : Les personnages du
retable, par exemple, manquent de vie ; leurs regards sont figés.
Ermitage de VALDEFUENTES : Il se trouve au bord de la route.
L'endroit est très agréable et je m'y fais cuire sous la cendre des
pommes de terre. Le résultat est infâme et je
pense aux épinards de Chatellerault !
D'ici, de Valdefuentes, les pèlerins choisissaient (je ne le savais pas alors)
l'un des trois itinéraires suivants :
- San Juan de Ortega - Ages - Atapuerca - Rubena - Burgos
- Zalduerda - Ibeas - San Medel - Burgos
- Arlanzon - Ibeas - San Medel - Burgos
La route actuelle N.120 suit le deuxième itinéraire, elle traverse
une région inhabitée, couverte en grande partie, de forêts.
En arrivant à Burgos, sur la gauche, on aperçoit la Chartreuse de
Miraflores ; pour l'heure, je continue à la recherche d'un lit.
Complet ici, louche là (Il faut dire que les étrangers qui suivent
les cours d'espagnol à l'Université d'été sont nombreux).
Finalement, fatigué de chercher, je vais à l'hôtel Ausin.
J'en ai gardé un fort mauvais souvenir car le personnel était
très « je m'en fous ». Excédé
et le regard sévère, je suis allé porter plainte sur le
« livre des réclamations » de l'Office de Tourisme.
Pierre A. que j'avais rencontré à l'Auberge de Jeunesse de Saint-Jean Pied-de-Port
et qui devait venir aux cours d'été
ici à Burgos est introuvable.
BURGOS à 850m d'altitude fut fondée par Alphonse III.
La Cathédrale de Santa María que j'ai visitée pendant plusieurs heures est
trop grande et trop belle pour que j'en parle. Je n'ai pas le courage d'entreprendre
ce travail car j'ai l'impression d'avoir vu dans cette
église autant de choses que depuis le début de mon voyage...
Tombeau du Cid et de Chimène au centre même de la nef.
Chartreuse de Miraflores : Je vais donc à la Cartuja de Miraflores ;
j'y vais à pied, il n'y a que trois kilomètres.
Je m'aperçois vite qu'à voyager en Mob j'ai tout à fait perdu l'habitude de marcher.
Soleil et chaleur.
Comme pour une bonne partie de la cathédrale, les architectes en ont
été Jean de Cologne et Simon son fils. L'église est
une pure merveille. Le retable du maître-autel est un peu embrouillé
mais il faut voir le détail : En bas la Cène,
au dessus l'Annonciation (un rayon lumineux venant du ciel porte l'enfant dans
le sein de Marie).
Là, c'est la flagellation.
Là, c'est la mise en croix.
Là, c'est saint Jacques en pèlerin.
Touchant presque l'autel, se trouve le tombeau en albâtre des fondateurs de
cette chartreuse, Jean II et sa femme Isabelle de Portugal.
Exceptionnel !
Statue de Jeanne la Folle en prière, tournée vers le tabernacle.
La porte de ce tabernacle est amovible. Ainsi, à chaque temps de
la liturgie, on change le décors !
Stalles. Statue admirable de saint Bruno (le fondateur des Chartreux) avec une
Croix à la main. Vitraux flamands. Tombeau de l'infant Alonso.
Monastère de las Huelgas : Il se trouve à l'autre bout de la ville.
Il fut fondé pour recevoir cent religieuses issues de la haute noblesse.
Comme homme je ne peux visiter que l'extérieur. Dessin.
Je monte ensuite vers les ruines du château à travers des quartiers pauvres.
Puerta de San Esteban : Cette porte morisque dans les murailles de la ville me plaît
plus que l'Arco de Santa María proche de la Cathédrale.
De la colline où se trouvait jadis le château : vue sur la ville
(pas beau) et sur la Cathédrale (beau).
Casa del Cordon : Ce palais assez sobre du dernier gothique
porte ce nom à cause du cordon en pierre qui orne et entoure sa porte principale.
De nombreux hommes illustres y séjournèrent ;
entre autres François Ier prisonnier.
Hospital San Juan : Il recevait, à l'entrée de la ville, à
partir du 15ème siècle, les pèlerins de Saint-Jacques.
Il ne reste que la façade. Le portail est armoirié
mais alentour personne ne peut me fournir de renseignement.
Hospital Real : Fondé au 12ème siècle et
reconstruit sous Charles-Quint
cet hôpital pour pèlerins situé à la sortie ouest
de la ville, possède un magnifique portail monumental.
Dans la cour, il y a la maison des « Romieux » :
C'est actuellement un hospice, au sens moderne !
Journée fatiguante, dîner dans une tasca :
Cangrejos (crabes à la sauce piquante), truites, tortilla (omelette aux pommes de terre).
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Samedi 16 juillet 1960, vingt-deuxième jour et septième
en Espagne. De Burgos à Castrogeriz.
Avant de quitter Burgos je rends visite à une congrégation
de Sœurs Thérèsiennes (quelle gentillesse !)
et prends une photo de la statue du Cid. Après un dernier regard à
l'Hospital Real, je roule sur la N.620 puis sur la N.120 vers
Tardajos où il y a un calvaire semblable à celui qui figure au
milieu de la cour de l'Hospital Real.
Je déjeune à l'ombre. Pain (savoureux). Repos.
Les villages du camino après Burgos sont : Tardajos, Rabe de
la Calzada, Hornillos del Camino, Montavos, Castrogeriz.
C'est à Hornillos que je laisse la route goudronnée pour suivre
le « vrai » camino, ou plustôt ce
qu'il en reste. Mon véhicule lève un énorme nuage de
poussière.
À 500m du village, première crevaison (roue arrière)
depuis Paris ! Et quel soleil ! Pas d'ombre ! Et quelle
chaleur ! Le trou dans la chambre à air est heureusement visible.
500 m plus loin, nouvel incident : une petite rivière, une sorte de
canal d'irrigation, a envahi le chemin. Je laisse donc la Mobylette
sur sa béquille et vais à pied à la recherche d'un passage
possible. Au retour, elle a basculé dans l'eau !!!!!
Bagages mouillés, films de photos foutus !!!!!
J'hésite, puis, prenant du recul (et par là, un peu de vitesse)
je passe sans trop de mal. Deux chemins. Je prends celui de droite.
Il devient caillouteux puis, rocailleux comme le lit d'un torrent.
À pied, chaleur, fatigue.
Je me demande comment on arrive à faire pousser du blé ici !
Les rendements ne doivent pas être brillants !
Un bon chemin et des bergers. Ils se souviendront longtemps du fou qui se
promenait en vélomoteur, une chemise sur la tête !
Je vais sur Iglesias.
Route de Castrogeriz très bonne. Par des cantonniers, j'apprends que plusieurs
pèlerins me précèdent de quelques jours.
J'arrive enfin à Castrogeriz.
Ruines du monastère de San Antón : Deux grandes arcades enjambent la route
devant un porche très mutilé. C'est vraiment dommage ! De
plus le reste a été transformé en ferme !
CASTROGERIZ est un village-rue, ce qui n'est pas fréquent
dans cette partie de la Castille. Seul le camino peut expliquer ça.
Je suis blanc de poussière lorsque je rends visite au Curé. C'est un
jeune prêtre assez méfiant. Il croit difficilement
mon histoire tandis que son magnétophone tourne et m'enregistre :
« On ne voyage pas tout seul comme ça ! »
Les gens d'ici sont pourtant vite sympathiques : il ne faudrait pas que le
voyageur garde un mauvais souvenir !
Chaque personne rencontrée me lance un Buenas noches. Je rends
bien sûr la politesse.
« Toi, voyageur, cette nuit, tu es des nôtres. »
Dimanche 17 juillet 1960, vingt-troisième jour et huitième en Espagne.
De Castrogeriz à Frómista.
En sortant du village, la route passe, en faisant un petit crochet au nord, par
Castrillos de Matajudios. Elle revient ensuite sur Itero qu'elle
laisse à sa droite. Bientôt ce n'est plus qu'un ruban de cailloux
très désagréable et très fatigant.
ITERO DE LA VEGA possède une église dont le
clocher ressemble parfaitement à un minaret de mosquée,
par sa forme et par la couleur de ses pierres. On peut aussi y voir un vieux
donjon en ruines.
La route maintenant est de sable fin. Pour le dérapage, c'est une bonne
école !
C'est aussi préférable aux cailloux ! D'ailleurs, les cailloux,
les revoilà !
Avant un vieux pont sur le Río Pisuerga et ses huit arches, on peut voir
les restes d'un bâtiment gothique qui fut refuge pour
les pèlerins. Pour protéger le magnifique pont en dos d'âne,
la rive droite de la rivière a été
consolidée par des digues.
À cet endroit, l'eau est profonde, couleur vert-jaune. J'ai tout de suite
une envie folle d'y plonger. La température de l'eau
est délicieuse alors que sur le chemin le soleil est brûlant.
Deuxième crevaison pas loin d'un tout petit arbre et d'une toute petite ombre !
Pont sur le canal de Castille qui ne sert qu'à l'irrigation probablement.
FRÓMISTA sur la route Nord-Sud de Palencia à Santander.
San Martín :
Cette église est un beau spécimen de l'art
roman espagnol. L'extérieur est simple, la pierre est claire et le style
est presque poitevin. L'intérieur, comme le montre le
plan est formé d'une nef et de deux bas-côtés que terminent
des absidioles semi-circulaires. Les chapiteaux sont bien dans
la ligne de l'église d'Aulnay : Oiseaux, masques grotesques,
décorations florales, Adam et Eve devant le pommier du jardin d'Eden.
On peut voir aussi une magnifique lampe à huile wisigothique et des statues
en bois : celle du Christ (longs bras) et celle de Saint Martin
vêtu de rouge.
Église de San Pedro, fortifiée. Elle possède une belle tour avec sur le
toit un nid de cigognes qui restent immobiles dans le sens du vent.
Église Santa María, sans ornement sauf sur ses deux portes
du 18ème siècle.
Une statue de la Vierge au visage doucement souriant.
À l'entrée de Frómista, par une rue sur la gauche, on peut
atteindre une chapelle massive dite : Ermita de Otero.
Après Frómista, on passe par les villages de Población de
Campos, puis Villar-Mentero. Enfin, on arrive à :
VILLARCÁZAR DE SIRGA :
L'église est remarquable. Sa façade sud comporte un vaste porche
qui abrite un magnifique portail surmonté d'une double galerie de statues.
L'intérieur se décompose en deux parties, en avant et en arrière
du croisé. La base des piliers et les chapiteaux diffèrent.
Le style est plus français qu'espagnol : chapiteaux avec masques,animaux
et feuillages... Dans l'aile droite, se trouvent plusieurs tombeaux avec les
gisants de Doña Léonor et de Don Felipe. L'aspect assyrien de ces statues est frappant.
Leonor semble être une copie d'un bas relief de Ninive !
Saint Jacques en pèlerin.
Vierge primitive avec l'enfant, mal assis.
Retables flamands et italiens.
En route pour CARRIÓN DE LOS CONDES où je trouve une chambre pour
la nuit à la Fonda de la Paloma.
Église Saint-Jacques :
La façade est malheureusement un peu dégradée. Sur les
archivoltes, on reconnait les Vieillards de l'Apocalypse jouant des instruments
de musique ou se livrant combat.
Sur les chapiteaux, une femme se fait manger et un diable essaye de s'emparer d'un enfant.
En haut, Dieu le Père est placé entre deux lions, un ange et un aigle.
Des enfants me conduisent de l'autre côté de la rivière
Carrion pour me montrer le cloître de San Zoilo.
En haut de la falaise jaune qui domine rive gauche on peut voir la Chapelle de Belen.
Le cloître de San Zoilo est semblable à celui d'Irache :
16ème. Les médaillons des voûtes changent de thème
pour chaque couloir du cloître : Papes ? Rois ?
Empereurs ? Saints ?
Divers tombeaux sont déposés contre les murs : Leurs sculptures
sont maladroites alors que la pierre semble très friable.
Sur la droite de la façade classique, un arc roman. Des personnages portent
la perruque et la toge romaine ! Tout en haut, les enfants
me montrent une statue du Cid et, dessous, celle de San Zoilo.
Les enfants me racontent des choses extraordinaires : deux pèlerins
sont passés, l'un était noir et l'autre était
chinois ! Il y en a d'autres qui sont passés la veille et ils me décrivent tout ce qu'ils on fait.
Avant le repas ils ont chanté !
Église Santa María del Camino
Le portail a quatre archivoltes reposant sur deux chapiteaux en têtes de
bœufs et quatre autres historiés. On distingue deux
femmes à cheval dont l'une est nue (?) sur un animal à tête de lion.
Adoration des Rois Mages. Hérode questionnant ces mêmes Rois.
Petit ange montrant le chemin de l'étoile. Combat de chevaliers.
Intérieur sans intérêt.
Dessin de la statue de la Virgen del Camino avec l'enfant Jésus assis entre les genoux.
Vieilles belles maisons.
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Lundi 18 juillet 1960, fête nationale (Soulèvement du Général Franco),
vingt-quatrième jour, neuvième en Espagne.
Au sortir de Carrion, un problème d'itinéraire se pose. Dans
sa carte du chemin de Compostelle dans la Province de Palencia,
Roman Remilla Vielva va tout droit, plein ouest vers Calzadilla de la Cueza et par
l'Abbaye de Benevivere dont on voit les ruines pas très
loin de Carrión.
Il y avait un autre itinéraire puisque à l'Ouest-Sud-Ouest existe
un village au nom de Calzada de los Molinos. On peut objecter
qu'il s'agit d'un équivalent du « camin hariou »
des Landes ; ce chemin conduisait aux moulins à
blé installés sur la rivière Cueza. Quoiqu'il en soit, et
comme pour le camin hariou, les pèlerins empruntèrent aussi cette voie.
La route moderne passe ensuite à :
CERVATOS DE LA CUEZA. En arrivant au village, on peut voir de loin une sorte
d'arc de triomphe romain à
côté d'une tour isolée. C'est une illusion. Un jeune prêtre
(une semaine de sacerdoce !) me fait
visiter ces ruines : Il s'agit d'une collégiale qui a brûlé en 1934
(pas un attentat, un accident !). Elle était en terre (murs d'un mètre de large,
très solides) sauf la chapelle
gauche qui était en pierre. C'est cette chapelle qui a l'aspect d'un monument romain.
Je trouve, en pleine sieste, un groupe de pèlerins parisiens !
SAHAGÚN (Sanctus Facundus)
Ville très poussiéreuse où règne aujourd'hui un vent violent !
Je cherche et trouve une chambre pour la nuit chez une famille charmante.
À l'origine, ce gros village n'était que l'abbaye fondée au
10ème siècle par Alphonse II.
Les églises dispersées dans le village actuel montrent l'étendue
qu'avait ce monastère bénédictin.
San Tirso qui se trouve devant ma maison d'un jour, est comme presque tout ici,
construite en brique, ce qui donne en style roman une originalité prodigieuse.
La couleur est fascinante et avec de la terre cuite
les sculptures sont difficiles.
Le clocher est de plan carré et l'église comporte trois nefs et trois absides.
San Lorenzo est du même
type, mais la partie abside est plus développée
tandis que sa tour a la forme d'un tronc de pyramide.
Du couvent lui même, il ne reste qu'une porte monumentale du 18ème
siècle en pierre ! La richesse de ce couvent devait être colossale.
Le monastère de Sahagún a été un centre d'art
extrêmement brillant, non seulement chrétien, mais aussi arabe et juif.
Des communautés maures et juives importantes avaient reçu du roi
Alphonse le Batailleur certains privilèges et elles prirent part
à la construction de nombreux édifices dans la région.
L'église dite de la « Peregrina » est une œuvre mudéjar.
Elle est située sur une colline creuse. Par plusieurs trous, on peut voir
des galeries souterraines chargées de collecter l'eau.
À une fontaine située au pied du tumulus, elle coule très fraîche.
Soirée au bal...
« La Castille, pleine de trésors, est riche en or et argent »
dit le Guide du Pèlerin. Comme image c'est
exact, mais comme géographie économique, c'est douteux. Il dit ailleurs,
que « la Castille et la Tierra de Campos
sont riches et fertiles en pain, en vin ,en viande, en poisson, en lait et en miel.
Les arbres manquent et les hommes sont mauvais et vicieux ».
La famille qui m'a logé était, elle, des plus sympathiques !
⇒⇒
Lire la traduction intégrale du guide
DE SAHAGÚN À LEÓN
Entre Sahagún et Mansilla de las Mulas, il n'existe pas de route directe.
Il est évident pourtant, que pour aller à la foire, les paysans
ne font pas un détour de six kilomètres. Il ne faut pas penser
trouver beaucoup de monde sur ces chemins.
À quatre kilomètres au sud de Sahagún, je suis d'abord
allé à Grajal de Campos, où il y a un
magnifique château. Il est très bien conservé. La porte est minuscule.
Dessin.
Le clocher de l'église aussi est assez curieux par l'angle rentrant qui remplace une arête.
De retour à Sahagún, une route me conduit à Calzada del Coto
où je vais essayer de suivre la voie du chemin de fer.
Entre Calzada del Coto et Mansilla de las Mulas, il semble y avoir existé
deux chemins des pèlerins :
- L'un par Bercianos del Real Camino,
El Burgo Ranero, Villamarco et Reliegos.
- L'autre, plus au nord par Calzadilla de los Hermanillos.
Je prends donc le sentier qui suit la voie de chemin de fer. Le premier train me
croise à 14 h 15. En passant les flammèches
de la locomotive à vapeur mettent le feu aux broussailles.
Gare de BERCIANOS del REAL CAMINO ; passage d'un T.A.F.
(
Train Articulé Fiat !) vers León. En tout, six trains
passeront sans me surprendre. Heureusement ! Car sentir passer tout d'un coup
une locomotive à cinquante centimètres de soi doit faire sursauter.
Mon moteur fait un bruit infernal, me semble-t-il.
À la station de VILLAMARCO, sur la droite, je trouve le
camino. Il est bien empierré et couvert d'un tapis de mousse.
Arrivée à RELIEGOS : Au loin, une bande bleue
(une rivière sans doute) ; au second plan, des terres
violettes ; plus près, le village et des tas de paille et de blé
lâchent des nuages de poussière jaune-or.
Par endroits, des vignes très vertes ou des bouquets d'arbres. Au premier plan,
le chemin avec sur le côté, un église en ruines.
De Reliegos, je continue sur le « chemin royal », le camino
real comme on le désigne ici.
Il mène à MANSILLA DE LAS MULAS qui est une vieille
ville sur la rivière Esla.
Belles murailles, ancien hôpital et vieux pont « transformé »
pour les besoins de la circulation moderne.
VILLARENTE
LEÓN, 75000 habitants, à 840 mètres d'altitude,
au confluent du Bernerga et du Torro.
León doit son origine à la « legio septima germina ».
Les vieux quartiers ont d'ailleurs la forme d'un camp romain.
Ce fut la plus importante ville d'Espagne au 10ème siècle.
Elle fut, bien sûr, prise et détruite par Almanzor.
Tous les enfants savent ça ici !
J'ai une lettre pour un Teniente Coronel de la base de l'Armée de l'Air.
Il n'est pas là. Je reviendrai.
Mercredi 20 juillet 1960
Le matin, je retourne chez mon Lieutenant-Colonel (M. Zarate). Seul le fils est
là et très vite nous sympathisons. Ses habitudes sont originales.
Comme il prépare un concours et qu'il est seul dans l'appartement actuellement,
il étudie la nuit. Il dort ensuite jusqu'à
l'heure du repas (quatorze heures) puis va faire une sieste à la piscine.
San Marcos : Ancien hôpital des pèlerins, fondé au 12ème
siècle mais d'architecture 16ème.
La façade est particulièrement belle. Le portail de l'église
possède une grande arcade (dessin) et le mur est décoré
avec de nombreuses coquilles. Les bâtiments sont occupés par le
clergé, l'armée et le musée Provincial.
La première salle du musée est recouverte d'un magnifique plafond
en bois de santal. Statues romanes. Croix mozarabe de Ramiro Ier.
San Isidro a été construite en partie sur les murailles
romaines de la ville.
L'église est romane sauf l'abside qui est gothique. Les pieds et les chapiteaux
des colonnes sont particulièrement soignés.
Retable du maître-autel avec Saint Sacrement visible. Le tombeau de San Isidoro
est ouvert cette année ce qui n'arrive qu'une fois par
siècle, me dit-on. Le premier jour de l'Année Sainte de San Isidoro,
la porte du tombeau est ouverte en grande cérémonie
avec un marteau spécial.
Le cloître gothique renaissant est un chantier.On le transforme en style roman !
Panthéon des Rois. Onze rois, douze reines et vingt-et-un princes.
Magnifique ensemble roman recouvert de non moins magnifiques peintures en superbe
état. On distingue diverses scènes de la vie du Christ
et de la Vierge. La Sainte Cène est particulièrement réussie,
l'Annonce aux Bergers, le soir de Noël aussi. Le Massacre des Innocents.
Trésor : Calice en agate. Magnifiques coffrets. Mandibule de saint Jean-Baptiste
(Je croyais que sa tête se trouvait à Saint Jean d'Angély
autrefois ?). Main droite (très petite et desséchée)
de saint Martin. Autres reliques. Bible du 10ème siècle.
Chambre de Doña Sancha : une fenêtre donne directement
sur l'intérieur de l'église.
Bibliothèque et « étendard » de San Isidoro.
Rencontre de deux pèlerins parisiens qui font le trajet en Espagne à
pied. Nous nous reverrons.
Déjeuner, piscine, bal, dîner, bal. Soit, au lit à 4 heures
du matin !
Jeudi 21 juillet 1960, vingt-septième jour
Debout à 8 heures.
Tour des murailles romaines de la ville puis visite de la Cathédrale
Santa María.
Vitraux, portails, trésor, sculptures. Comme pour la Cathédrale
de Burgos ce serait trop long à décrire !
Après-midi : piscine et le soir : bal.
Je me couche un peu plus tôt : 3 heures du matin !
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Vendredi 22 juillet 1960, vingt-huitième jour et treizième en
Espagne. De León à Foncebadón.
Il faut partir ! Je dois partir !
11 heures, il fait beau. Du faubourg de Trobajo, un dernier coup d'œil sur
León. Alea jacta est !
Sanctuaire de la Virgen del Camino : Il est en construction dans le style actuel et c'est
plutôt réussi. La grande Croix en ciment armé est très élégante.
PUENTE ORBIGO - km 31 - À 300 m sur la droite.
Le pont de l'Orbigo est un endroit réputé chez les jacobites
à cause de la légende du « paso honroso »,
le passage honorable ? Je n'ai pas bien compris en quoi consistait la
légende ! Le chevalier Suero de Quiñones vainquit tous
ces adversaires au cours d'un tournoi. À la fin du moyen âge,
les nobles seigneurs ne manquaient pas de participer à des
combats de ce genre si l'ocasion se présentait en cours de pèlerinage.
Ce pont de dix-neuf arches est très irrégulier comme si les
constructeurs avaient travaillé sans plan
HOSPITAL DEL ORBIGO : Étape fameuse du Chemin
de Saint Jacques.
Je déjeune une truite fort savoureuse ; elle est aussi bonne que celle
que le rédacteur du Guide goûta, il y a 700 ans !
Pain, bière.
ESTEBANES DE LA CALZADA.
Portail de l'église : Saint Jacques entre le Christ et la Vierge.
SAN JUSTO : Petite église avec mirador.
ASTORGA.
Très ancienne ville, Asturica Augusta, entourée de murailles romaines en ruines.
Palais épiscopal de l'architecte catalan Gaudi. Il a fait à León le bâtiment
de la Caisse d'Epargne, mais c'est surtout à cause du Temple de la Sagrada Familia de Barcelone qu'on le connaît.
Il s'agit d'un style néogothique assez original. Au milieu de tous les imbéciles qui, à la fin du 19 siècle, ont refait des
églises gothiques ou romanes, lui a su être personnel... Le Palais épiscopal d'Astorga, c'est du genre conte de fées de Walt Disney.
Cathédrale : Elle date en grande partie du 15ème siècle.
Autel Saint Jacques, dorures et thèmes végétaux. Belle statue de l'apôtre droit comme un i. Il semble se redresser pour faire les
derniers pas du pèlerinage.
L'extérieur est intéressant, la pierre est rouge-jaune. L'abside n'a pas d'arcs boutants mais la nef oui. La façade est baroque et
c'est dommage qu'une seule tour ait été terminée.
Le cloître est reposant et gracieux ; il a été restauré au 17ème siècle.
Sur la Plaza Mayor, l'Hôtel de Ville montre une belle façade Renaissance avec un grand balcon. Deux tours carrées et toits pointus qui encadrent
le corps central du bâtiment.
Dessin des armes d'ASTORGA : Une branche de noisetier.
La route de Rabanal est goudronnée sur deux kilomètres. Sur la gauche,
une chapelle en ruines. Dans la poussière de la route
maintenant de terre, apparaissent les traces de deux marcheurs.
EL GANZO : Village aux maisons couvertes de chaume et où il ne
semble y avoir personne... Je songe à ces films où
l'on voit des villages de la forêt vierge désertés par les
indigènes qui épient de loin les explorateurs blancs.
Contre un mur, plusieurs charrues en bois de type romain.
Trois kilomètres avant Rabanal, je rattrape les deux marcheurs.
Ce sont les pèlerins rencontrés à León !
Nous dormirons ensemble cette nuit dans la paille. Nous mangeons ensemble des
bocadillos que l'épicière nous fera payer
suivant le poids de chaque ingrédient. On ne dort pas bien dans la paille
(ça pique !). Il fera froid et humide et nous
lèverons à six heures et demi . Nous buvons un chocolat à
la boutique du village.
La route de Foncebadón est abominable !
Un chien de berger ne manque pas de me poursuivre et, chose rarissime, il me
rattrape ! Je m'arrête, pas fier ! Il ne se passera rien. Ouf !
Entre Astorga et Ponferrada se dressent les Monts de Léon. Le chemin de
fer et la route N.VI (Madrid-La Corogne) les franchissent à plus
de 1200 m, au col de Manzanal. Ce passage est connu depuis très
longtemps ; il fut même emprunté par certains coquillards,
au 18ème siècle notamment. Le Camino et sans doute avant,
la voie romaine, coupaient tout droit entre Astorga et Ponferrada par
le Puerto Irago à 1500 m. Il passait ainsi par les villages suivants :
Astorga, Castrillo de los Polvozares, El Ganso, Rabanal del Camino,
Foncebadón (del Puerto), Manjarín, Acebo, Riego de Ambros,
Molinaseca, Ponferrada.
En 1487, les Rois Catholiques, se trouvant à Medina del Campo,
octroyaient au lieudit de l'Acebo un privilège particulier.
« Le Conseil d'Acebo (comme aux grandes neiges la trace du chemin
disparaissait et que les pèlerins risquaient de se perdre) promit
de placer entre l'hôpital de Foncebadon et Acebo quatre cents perches
enfoncées dans la terre pour servir de repères ».
Par deux fois j'ai traversé les monts de Léon à la recherche
du camino. C'est un parcours de plus de 25 km, difficile et assez fatigant. Il m'a fallu souvent pousser ma machine entre les pierres sur des pentes à 30% ! Du soleil à l'aller et de la pluie au retour. Il ne m'est pas une seule fois venu l'idée d'un demi-tour. C'était une question de repos et d'essoufflement.
À 1500 m, je n'ai l'habitude que de descendre en ski ! Le moindre
accident de ma machine eut été diablement critique.
| Altitudes |
| Astorga | 869 m |
| Rabanal | 1149 m |
| Foncebadón | 1439 m |
| Col (Irago?), croix de fer | 1500 m |
| Manjarín | 1458 m |
| Las Tejedas | 1062 m |
| Acebo | 1145 m |
| Riego de Ambros | 920 m |
| Molina seca | 600 m |
| Ponferrada | 543 m |
Voyage aller, Samedi 23 juillet 1960, quatorzième en Espagne.
Pour voir une carte
passez ici votre souris.
Nous avions donc dormi dans la paille sur l'aire de Foncebadón et
à six heures trente nous étions debout. Nous venons prendre
du chocolat à la tienda du village. La route est abominable.
Les montagnes les plus élevées ont encore des champs sous la neige !
FONCEBADÓN, village-rue, vieilles maisons mal construites et souvent
en ruines. Je continue seul, en avant vers Las Tejedas.
Le chemin est très difficile pour la Mob, caillouteux, très caillouteux,
forte pente (30% ?). Je me lave dans le ruisseau, je me rase
et me brosse les dents. L'eau est très claire. Paysages magnifiques.
LAS TEJEDAS est un village incroyable du Thibet : dix cabanes et une
boulangerie ! Enfin, il s'agit plutôt d'un vendeur
de pain et de gros morceaux de graisse (saindoux ou suif, je ne sais) qui sont
pendus au plafond. Les gens n'ont pas l'air étonnés de me voir.
Déjeuner avec mes deux pèlerins qui arrivent dix minutes après moi,
ce qui donne une idée de l'état des chemins et de
la vitesse de mon engin.
Montée pénible, sueur, mouches, poussière, changement de paysage,
Riego de Ambros, redescente.
MOLINASECA au fond de la vallée du Méruelo. Dessin d'une chapelle
sous un vaste toit. Je traverse le village formé
d'une longue rue tant bien que mal, en évitant les poules et les enfants.
L'un deux d'ailleurs, me suit au pas de course jusqu'à
la sortie du village. Je suppose qu'il s'entraîne en vue des Jeux Olympiques. Dessin du pont.
PONFERRADA :
C'est une ville très ancienne (Interamnium Flavium des romains)
dont le nom vient d'un pont blindé, recouvert de plaques de fer,
qui permettait le passage de la rivière Sil. Actuellement, c'est un
centre minier important : fer, manganèse, charbon. Centrale thermique.
La Poste est fermée à dix sept heures, ces messieurs prétendent
commencer tôt le matin : neuf heures !
Je suis très fatigué et trouve une chambre au Montecarlo.
Dimanche 24 juillet 1960, trentième jour et quinzième en Espagne.
De Ponferrada à Samos.
PONFERRADA : Je vais visiter au nord de la ville la petite et vieille
église de Santo Tomas de las Ollas.
Sa nef est couverte de caissons de bois. Elle possède une petite abside
mozarabe bien conservée.
Château des Templiers : Il surplombe magnifiquement la vallée du Boeza et du Sil.
L'extérieur est en bon état mais à l'intérieur c'est la désolation.
Il date du 13ème siècle et fut construit pour le chemin de Compostelle.
Mais à l'exemple de Philippe le Bel en France, le Roi Ferdinand
chassa les Templiers ! On sait que les templiers soumis à la torture
avouèrent des crimes pas très vraisemblables : adoration
d'une idole, sacrilèges, sodomie.
Notre Dame de la Encina : J'y ai gagné quelques « indulgences » de plus.
Départ pour Villafranca del Bierzo. Vignobles, arbres fruitiers.
CACABELOS, route à gauche pour Carracedo où se trouve un monastère
en ruines. L'église a été
reconstruite au 17ème mais on peut voir plusieurs vestiges de l'époque romane et gothique.
Le cloître est original car il s'agit d'un gothique construit en brique !
La salle capitulaire est une petite merveille de simplicité et de
légèreté. Un escalier monte à l'étage et la
porte est barricadée, bien barricadée même !
Elle m'a donné du mal, la gaillarde ! Une première salle est
joliment voûtée en dôme, la porte est pleine de finesse
et de plus elle a l'avantage de conduire à une seconde pièce
carrée, magnifique :
Quatre colonnes supportent des arcs brisés. Et vous me reprocheriez
d'être passé dans ce petit palais par effraction !
Retour à la grande route. Je retrouve mes deux pèlerins !
Je sais, c'est normal puisque nous suivons le même itinéraire
et qu'ils se lèvent tôt le matin !
PIEROS : murailles pré ou post romaines ? C'est solide.
VILLAFRANCA DEL BIERZO :
Devant le Palais des Comtes de Villafranca que l'on voit en arrivant par la route
moderne, débouche le « chemin français de
Compostelle ». Il longe l'église romane de Saint-Jacques
et se perd dans la campagne.
Collégiale 18ème. Affreuse !
Montée du Port de Piedrafita à 1110 m. Le camino
suivait un peu plus la rivière par les villages suivants : Trabadelo,
Herrerias, La Fava et Cebrero.
PASSAGE de la CORDILLÈRE CANTABRIQUE et ENTRÉE en GALICE.
Après Villafranca, la route commence à monter le long de la vallée
du Valcarcel jusqu'à 1100 m.
Au Col de Piedrafita, je prends à gauche une route qui ne figure pas sur
ma carte et qui va à Triacastela. Elle monte toujours, jusqu'au
village de Cebrero. Comme le veut la tradition entre les pèlerins jacobites,
je ramasse une pierre que je porterai jusqu'à Saint-Jacques.
Il s'agissait dans le temps d'alimenter les fours à chaux du chantier de la Cathédrale, je crois.
Les habitations de ce village sont parmi les plus primitives d'Europe, pourtant
c'est depuis l'époque romaine un lieu de passage important !
Ces maisons pallosas sont formées d'une muraille elliptique de
pierres sèches et d'une toiture conique de chaume.
Il n'y a pas de cheminée et la porte ne dépasse pas un mètre
soixante-dix de haut. L'intérieur se compose d'une pièce
unique de six mètres environ.
Une vieille femme folle me parle en galicien, elle parle, parle, parle...
SANCTUAIRE du CEBRERO :
C'est un important centre de pèlerinage, fameux à cause du
Santo Milagro ou légende appelée aussi du
« Graal Gallego ». La voici :
C'était pendant un de ces hivers épouvantables que seules les
régions du Cebrero connaissent en Galice. Il avait neigé
toute la nuit et un vent glacial relançait vers le ciel la poudre blanche.
On ne voyait à dix pas que des formes étranges
gesticulant dans l'ombre, les arbres peut-être ? Au Sanctuaire,
les moines avaient commencé l'office sans attendre le fidèle
qui chaque jour traversait la montagne pour recevoir le Corps du Seigneur.
Il était sans doute prudemment resté chez lui !
Il venait pourtant, courbé, arc-bouté contre la tempête.
Sanctus ! Sanctus ! Sanctus !
À l'instant où le montagnard pénétrait enfin dans
l'église, couvert des pieds à la tête de neige,
le prêtre levait la blanche hostie: Hoc est enim corpus meus,
le pain devenu corps du Christ se transforma en chair et le vin en sang !
Il existe une autre version : le prêtre aurait simplement douté
de ce qu'il faisait et aurait trouvé absurde l'obstination du montagnard.
Un deuxième miracle se produisit : il y avait au-dessus de l'autel
une statue de la Vierge dont la tête était bien droite.
Devant le prodige « eucharistique » elle inclina la
tête en signe d'adoration.
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TRIACASTELA n'a rien conservé d'ancien, pas même le souvenir des trois châteaux que signale son nom.
Monastère de SAMOS : Il est en reconstruction car il a brûlé en 1951 !
Je me présente et comme pèlerin, suis invité à
dîner : soupe de riz, salade nationale (on évite le mot
« russe » ici, même pour la salade !).
La chambre où je suis hébergé a un système
d'éclairage qui explique peut-être l'incendie de 1951 !
Il faut mettre en contact deux fils électriques dénudés !
Ce monastère a l'air d'être une véritable entreprise.
Si je comprends bien, il possède le magasin, le cinéma et la pompe à essence.
La chose à voir est la Fontaine des Sirènes. Il est curieux que
ces corps féminins nus soient encore en place ! Dessin.
L'église n'a pas été touchée par l'incendie.
Les tours manquent curieusement à la façade, ce qui ne
l'empêche pas d'avoir une certaine grâce dans sa gravité.
L'intérieur ressemble au Panthéon parisien.
La voûte et la coupole sont du beau travail. Bien sûr il y a un
coro qui cache une partie de la nef, bien sûr il y a
des angelots inutiles. Il y a aussi une Vierge lisant.
Lundi 25 juillet 1960. Trente-et-unième jour et seizième en Espagne. De Samos à Mellid.
C'est la Saint-Jacques aujourd'hui.
En route vers Sarria. Troisième crevaison. Le paysage est très verdoyant, difficile à décrire.
Sarria n'a rien d'ancien à part le Couvent de la Merci du 16ème siècle.
Après avoir déjeuné dans un bois, je continue vers Puerto Marín.
On passe ici le magnifique Rio Miño. Au milieu du fleuve, il reste une arche d'un vieux pont romain.
PUERTO MARÍN
Église San Juan :
C'est une église fortifiée qui va
être transportée pierre par pierre plus haut dans la montagne.
En effet le village va disparaître dans quelques années
sous les eaux du barrage dit de los Peares. Sur le portail ouest,
beaux vieillards de l'Apocalypse accroupis deux par deux et jouant de
divers instruments. Au centre d'un médaillon, le Christ bénissant.
Sur le portail sud, les archivoltes n'ont que des
dessins géométriques.
Dessin de l'un des chapiteaux.
Il est extrêmement difficile de connaître le passage exact du
camino francés dans cette région.
Les itinéraires semblent multiples. Moi, après Portomarin, je me
suis trompé de route car j'ai eu la surprise de me trouver
devant une ville importante ; c'était Lugo et ses murailles romaines,
capitale de la province du même nom !
Au retour, je repasserai par là, c'est promis ! En attendant demi-tour, vers Mellid !
PALAS DE REY,
MELLID possède deux églises romanes :
Santa María et Sancti Spiritus, ancien hôpital des pèlerins où
l'on peut voir de remarquables tombeaux. L'église paroissiale est du
18ème siècle avec un grand clocher.
Un homme très bavard me conduit au couvent des Pères Passionistes
qui m'accueillent avec une extrême gentillesse et refusent
catégoriquement de me laisser dormir dans mon sac de couchage.
Bon soir !
Mardi 26 juillet 1960, trente-deuxième jour et dix-septième en Espagne.
Entre Mellid et Saint-Jacques, on remarque deux choses, les paysages et
les calvaires. Ceux de Lavacolla et de San Marcos sont en granite et
portent sur la branche verticale d'un côté le Christ et un
pèlerin, de l'autre la Sainte Vierge.
Santiago 5 km ... Je ne vois encore rien !
Santiago 3 km ... Toujours rien ! Et tout d'un coup après la Croix
de San Marcos, au tournant de la route :
Santiago !
Santiago, cinq cent mètres !
Joie ? Joie, je suis arrivé. Je l'ai lancée loin, ma pierre
du Cebrero. À cet instant le monde s'est arrêté.
Les soldats de la Grande Guerre ont dû ressentir quelque chose comme
ça au moment de la sonnerie de l'Armistice le 11 novembre.
Je ne dirai rien de plus : il est 11 heures 17 minutes 28 secondes.
Mercredi 27 juillet 1960 à SAINT-JACQUES DE COMPOSTELLE.
Mon premier soin est d'aller à la Cathédrale, objet de mon voyage.
Puis, comme on me l'a suggéré, je dépose mes
bagages au Séminaire pour rester libre. À 16 heures j'ai mon
« attestation » de Pèlerin en latin !
Elle me donne droit à trois jours de nourriture à l'Hostal de
los Reyes Católicos, hôtel de luxe situé dans les
bâtiments de l'ancien hospice des pèlerins.
Dans mes sacoches, j'ai deux lettres de recommandation. La première,
pour le Recteur de l'Université que mes parents avaient
rencontré à Paris. Il me fait une lettre pour le Directeur de la
Biblioteca de Estudios Gallegos et celui de la « Cité
Universitaire ».
La deuxième est pour le Doyen de la
Faculté de Médecine.
Il me reçoit tout de suite et m'explique que ses (dix) enfants hélas
ne sont pas là, qu'ils sont au bord de la mer et qu'il n'est
pas question que je loge autre part que chez lui !
Le lendemain jeudi, il me fait assister à une opération
de la colonne vertébrale. Quand je sors, je suis pâle.
Visite de la ville : nombreux dessins de la
de la vieille ville et de la cathédrale.
Nouveau rendez-vous avec le Recteur à l'Université. Un huissier
me fait patienter, là dessus le Doyen passe et, devant l'huissier
abasourdi, lance un Que hay jacobeo!
Je dois dire aussi qu'en Espagne, on se tutoie très facilement. D'où
le ton qui en Français semble des plus familiers.
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VARIANTES
Ces variantes forment mon voyage de retour. Elles m'ont surtout fait voir
d'autres régions de l'Espagne ou de la France.
Ces variantes sont souvent des chemins que les pèlerins ont emprunté
à diverses époques.
Retour, premier jour. SANTIAGO - VILLAFRANCA del BIERZO
Itinéraire : Sobrado, Lugo, Corgo, Los Nogales, Piedrafita et Villafranca.
Sobrado de los Monjes : Important et imposant monastère sur
le chemin de Compostelle
vers Lugo et sur celui qui, après Montoñedo, suivait la côte
Cantabrique. Il logea en 1747 huit mille pèlerins !
LUGO : Vieille ville entourée de remparts romains.
Capitale de province, Lugo (Lucus) vit passer
les pèlerins de Compostelle surtout au 18ème siècle. La
cathédrale date du 18ème. La ville surplombe
le Miño du côté de la porte de Santiago.
Retour, deuxième jour. VILLAFRANCA - LEÓN
De RIEGO de AMBROS à FONCEBADÓN.
Au lieu de descendre dans la vallée du Tejedas, je tourne à droite
direction le sud-est vers Acebo. Rencontre de bergers. Traces de la chaussée du
camino régulièrement empierrée.
ACEBO, village-rue. Il commence à pleuvoir. Pente de
plus en plus raide. Je cherche. Je me perds dans un chemin
embroussaillé qui me conduit à Labor del Rey. Qui pourrait me
renseigner ? J'ai l'impression d'être au bout du monde.
Il faut remonter à Manjarin. Paysages fantastiques : D'énormes
nuages courent et grimpent à l'assaut des montagnes.
Visibilité quasi nulle, bourrasques, pluie. Tout à coup, à
cent mètres, entre deux masses de nuages,
Manjarín apparaît !
Pour Foncebadón ? - Il suffit de suivre les traces du camion !
Le camion, il n'en passe pas plusieurs par jour !
Très bon chemin.Brouillard. Pluie et enfin, la Croix de Fer perchée sur un cône de
pierres et se détachant sur le ciel gris.
Shakespearien !
À FONCEBADÓN, les gens me reconnaissent et me
disent : « C'est vous qui
êtes passé le mois dernier ». Je me change car j'ai
froid sous mes vêtements mouillés. J'ai faim
En haut de Rabanal, avant la dite Cruz de Ferro, se trouvait le célèbre
hospice de Foncebadón qui avec
l'église de San Salvador de Irago à côté de la montagne
de même nom (?) formaient un terrain rond
limité par les croix qui se trouvaient à son pourtour (?).
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Retour, troisième jour. De LEÓN à OVIEDO.
Le PÈLERINAGE de SAINT-SAUVEUR
J'ai déjà dit l'importance de ce pèlerinage que l'on faisait
soit à l'aller, soit au retour de Compostelle.
L'église d'Oviedo avait lancé le slogan suivant pour attirer les
fidèles :
-
Qui a este à Saint Jacques
- et n'este à Saint Salvateur
- a visité le serviteur
- et laissé le Seigneur.
Origine du pèlerinage de San Salvador.
Au moment de l'invasion arabe, on avait rassemblé à Tolède
de nombreuses reliques dans une arche ; puis les
mozarabes tolédans ne trouvant pas en sécurité ce trésor
de la chrétienté l'avaient transporté
aux Asturies. Vers 1030, on avait essayé de l'ouvrir, mais une telle
lumière en était sortie que personne n'osait s'en approcher.
Certains même en avaient perdu l'usage de leurs yeux.
Alphonse VI décida en 1074 de se rendre à la cathédrale
d'Oviedo. De nombreuses dignités le suivirent,
en particulier des évêques et le Cid... En plein hiver, le grand
cortège s'enfonça dans les neiges de la
cordillère Cantabrique. Après avoir passé le port de Pajares,
le roi arriva le 2 février à Oviedo.
On devait attendre la mi-carême pour ouvrir l'arche, on jeûna,
on fit pénitence et on communia. En grande pompe et avec terreur,
on ouvrit l'arche. Alors on vit d'incroyables reliques de la Passion du Christ,
bois de la Croix, Sang du Rédempteur, sainte Tunique, pain
de la dernière Cène, vêtements et lait de la Vierge Marie,
reliques de nombreux autres saints.
Il y avait même la baguette de Moïse et une corne de son front !
Itinéraire : 128 km, route N.630 par le col de
Pajares à 1364 m.
Carbajal, La Robla, la Pola del Gordon, Villamanin, Busdongo, Pajares, Puente de
los Fierros, Pola de Lena.
En sortant de León, crevaison ; quand je repars, il est 13 h 30.
C'est d'abord le paysage habituel de cette région ; le sol
est jaune sans arbres, sauf le long de la route. La montagne approche avec son aspect
sauvage, près de Busdongo. Les rochers teintés par le
soleil prennet des formes fantastiques. Il commence à faire très
froid et à pleuvoir en arrivant au col.
La descente , du côté des Asturies, est vertigineuse. Je me demande
comment les pèlerins osaient passer par là et surtout revenir
vers León. Le paysage des Asturies est tout à fait différent
des autres. Ici règnent les pâturages d'un vert plus
accentué qu'en Galice.
Collégiale de Santa María de Arbas : Il s'agit de
l'ancien refuge hôpital
pour les pèlerins qui fut construit peu après le voyage du Cid à
la fin du 11ème siècle.
On suit la rivière
Pajares avec de beaux paysages ; à Campomanés, sur un petit
monticule de l'autre côté de la rivière, se trouve une
chapelle pré-romane que l'on atteint à pied. Tout est si petit que
l'on porrait croire à une reproduction miniature. Pour Oviedo,
nous reparlerons de ce style asturien.
La route s'engage dans une région minière et industrialisée
dont Mieres avec ses 60.000 habitants est la capitale. Je me demande
comment faisaient les pèlerins ? Remontée à 12% sur
San Esteban de las Cruces, puis redescente sur Oviedo.
OVIEDO, capitale des Asturies est au centre d'une région
très peuplée.
Après la victoire de Pélage à Covadonga, se forma aux
Asturies un royaume chrétien d'où commença toute
la Reconquista. En 1934, se produisit ici une insurection visant à
instaurer une "dictature du prolétariat".
La "légalité républicaine" fut rétablie
par un certain général Franco ! En 1936, ville nationaliste, elle
eut à résister aux attaques des "rouges", majoritairement
des ouvriers mineurs.
Cathédrale : Constuction en majeure partie gothique avec
une tour 16ème
(de 80m). La dyssimétrie semble voulue puisque l'arcade droite est plus
haute que la gauche.
Je passe tout de suite à la Camara Santa qui a été
honteusement détruite durant la révolte communiste
et la contre révolte de 1934.
Elle se divise en deux parties ; à la première partie, a
été ajouté au 12ème siècle un groupe
magnifique de statues d'apôtres, comparable à celui du Portico de
la Gloria de la cathédrale de Compostelle. La deuxième
partie se rattache au pré-roman.
Au centre, l'Arche sainte est dans des vitrines, les reliques et de magnifiques
œuvres d'art. La nef est haute mais, malgré les grands
virtaux du triforium, l'intérieur est sombre.
San Julián de los Prados dans le quartier de Santullano. Cette basilique fut
fondée vers 830 en trois nefs et absides rectangulaires. Les piliers
sont simples. La lumière pénètre par des
fenêtres rectangulaires. L'abside principale est décorée
d'arcatures qui, dans les absides latérales, ne sont que peintes.
Le plafond est peint de faux caissons (souvenir des palais romains ?).
Un autre exemple de l'art asturien différent de celui-ci
se trouve sur les flancs de la montagne du Naranco.
Santa María de
Naranco et San Miguel de Lio.
Retour, quatrième jour. NOREÑA - SANTANDER, 196 km.
Itinéraire : Route Atlantique par Noreña, Arriondas,
Cangas de Onis, Panes, San Vicente, Santillane et Santander.
SAN VICENTE de la BARQUERA : Au milieu d'un large
estuaire, le village fortifié est relié
par deux grands ponts à la terre ferme.
Église :
Beau portail roman et élégante façade
15ème siècle en contre-jour.
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Retour, cinquième jour, SANTANDER - ALSASUA, 210 km.
Retour, sixième et septième jours, ALSASUA - CANFRANC.
Un tel voyage ne sera jamais fini pour moi, il se prolongera chaque jour dans mes souvenirs.
José Martinez Almoyna
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