ASSOCIATION FRANÇAISE des PÈLERINS de SAINT JACQUES de COMPOSTELLE
Source site BNF
Au milieu du 13e siècle, le roi Saint Louis envoie le franciscain Guillaume de Rubrouck (Ruysbroeck, Rubroek, Rubruquis), en Tartarie où il rencontre
Mangu, le grand khan de Mongolie. Sa puissance est considérable car il tient Moscou et Kiev. Il a envahi la Pologne, menace Vienne et atteint presque
les rives de l'Adriatique.
Lors de l'audience, il y a aussi un moine nestorien qui voudrait faire le pèlerinage à Compostelle.
L'hérésie nestorienne affirme que les deux natures du Christ, divine et humaine, sont séparées.
En suite de quoi, le premier dimanche de carême, nous fûmes tous appelés à la cour, et le moine entre
autres, qui fut honteusement fouillé, pour voir s'il ne portait point de couteau, de sorte qu'il fut contraint
aussi de quitter ses souliers. Arrivés devant le Khan (Mangu), nous le trouvâmes tenant de ces os brûlés en la main,
selon leur coutume, et les regardant fort, comme s'il y eût lu quelque chose se tournant tout d'un coup vers
le moine, il le reprit aigrement de ce qu'il aimait tant à assembler le monde pour l'ouïr parler, puisque sa profession n'était que de prier Dieu.
Pour moi, je demeurais derrière, la tête nue, et le Khan continuant lui demanda pourquoi il ne se tenait pas découvert, comme faisait
le Frank; en disant cela, il me fit signe d'approcher de lui lors le moine, bien étonné et honteux, se découvrit, élevant son bonnet à la façon des Grecs et des Arméniens.
Après que Mangu lui eut ainsi parlé aigrement, nous nous retirâmes, et en sortant le moine
me donna la croix à porter en notre oratoire il était encore si transporté de frayeur et de chagrin, qu'il
n'eût su la soutenir. Peu de temps après, il refit sa paix avec le Khan, en lui promettant d'aller trouver
le pape, et de faire venir sous son obéissance toutes les nations de l'Occident. étant de retour à l'oratoire,
après ce discours avec le Khan, il commença à s'enquérir curieusement de moi touchant le pape; et si je
ne croyais pas qu'il pût lui parler s'il l'allait trouver de la part de Mangu, et s'il lui voudrait fournir des montures pour le voyage
de Saint-Jacques en Galice. Alors je l'avertis de bien prendre garde de ne donner aucune menterie à Mangu,
qu'en ce cas la dernière faute serait pire que la première, et que Dieu n'avait que
faire de nos mensonges.
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