L’un des plus beaux tableaux de Salvador Daly est intitulé "Santiago el Grande", saint Jacques le Grand.
Il a été acquis et est exposé par le Musée de Frederictown, dans le Nouveau-Brunswick au Canada.
Au centre un jeune homme nu chevauche un énorme cheval blanc qui se cabre face
à nous. Les pattes arrière de la monture sont posées sur la mer. Pas sur le sol
mais sur l’eau. On est sur terre. Plus exactement on est dans le domaine terrestre
et ce domaine terrestre est distinct du domaine céleste, il est bien délimité
dans le ciel par des arcades de pierre qui forment une structure soigneusement
symétrique. Au niveau du sol on voit le superbe paysage marin habituel de
Salvador Daly, celui de la Méditerranée à Port Lligat où il avait sa résidence.
De la mer, entre les pattes du cheval monte comme le nuage d’une explosion de
bombe atomique. On est en 1957 pendant la course aux armements de la guerre froide.
Les explosions nucléaires expérimentales se multiplient. Le cavalier, c’est
évident, c’est saint Jacques. La coquille au poitrail du cheval l’atteste.
C’est un Saint Jacques matamore mais sans épée. Il n’y a aucune arme, aucun
signe guerrier, aucun blessé, aucun vaincu, pas de sang. Ce que saint Jacques
brandit, au bout du bras gauche c’est le Christ crucifié qui n’est que
partiellement encore sur terre. Sa tête, là haut, en effet, accède au domaine
céleste, au dessus de la voûte de pierre.
Dans la partie haute aussi, à gauche, des
formes imprécises sont en train d’accéder à cet au-delà.
En bas à droite, il y a une femme voilée en blanc. Salvador Dali, une fois de plus,
figure Galla, sa bien-aimée.
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